Début de l’automne, je traverse la nuit mouillée pour aller retrouver Sandrine. Ce soir, c’est dîner de filles en tête à tête. Nous nous faufilons entre deux cerbères en costume noir à l’entrée avant de pousser la porte qui ouvre sur une grande salle. L’obscurité est saisissante. La lumière rare mais douce vient alors nous secourir et nous envelopper d’une chaleur moelleuse. Du rouge opéra tombe sur les murs et des canapés Chesterfield font la sieste sur un immense damier noir et blanc. Les tables rondes et blanches sont les pièces de cet échiquier géant. La féerie de l'instant nous transporte de la nuit froide parisienne à la nuit moite du Shanghai des années trente. On perçoit presque encore les silhouettes fantomatiques des fumeurs d’opium. Tout au long de ce voyage, nous nous laisserons voguer au gré du clapotis de nos vies qui ne se ressemblent pas. Elle me conte ses instants de grâce de jeune maman, je lui dépeins les sommets et les abysses de la vie d’une jeune fille mal rangée. Ce soir, la nuit cotonneuse emportera toutes nos confidences.Le matin est jeune, il faut débarquer. Sandrine ira poser un baiser sur le front de Cassandre avant d’aller rejoindre le flanc chaud du père de sa fille tandis que je traverserai la nuit mouillée dans l’autre sens pour retrouver la tiédeur de mes draps.
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